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20 Désanm, Fête de la liberté


Une date et un devoir de mémoire

“20 Désanm, c’est la liberté”, chantait la troupe de maloya Fondbac à la fin des années 1970, quelque temps avant que cette date ne devienne un jour férié. Comme en écho, en 2016, les rues de La Réunion vibrent encore au son du maloya et du séga à l’occasion de la Fêt Kaf, pour célébrer l’histoire d’un long chemin vers l’émancipation qui a commencé un certain 20 décembre 1848.


20 Désanm, Fête de la liberté
Pour comprendre les enjeux du 20 Désanm, il convient de le replacer dans l’histoire de l’abolition de l’esclavage en France. Une première abolition de l’esclavage des noirs dans les colonies avait été proclamée en 1794. Cette démarche se faisait l’écho des réflexions des penseurs du XVIIIème siècle, qui avaient été interpellés par les événements lui avaient secoué Saint-Domingue en 1791. Cette colonie française des Antilles a en effet été le théâtre d’une insurrection des esclaves noirs (mais aussi des affranchis) qui revendiquaient la liberté et l’égalité des droits avec les citoyens blancs. Mais Napoléon Bonaparte rétablit l’esclavage en 1802.

Pour le territoire réunionnais, la coupure de 1794 n’a pas été significative puisque les colons installés dans l’île qui voyaient d’un mauvais oeil ce décret de la République l’ont tout simplement refusé et ont même renvoyé les commissaires de la République venus faire appliquer la loi ! Il faudra attendre un demi-siècle pour que le système colonialiste en place à La Réunion soit ébranlé. Le 27 avril 1848, sous l’impulsion de Victor Schoelcher, le deuxième décret de l’abolition de l’esclavage en France a été signé par le Gouvernement provisoire de la deuxième République.

Un long chemin vers l’émancipation

 

Que s’est-il donc passé entre ce moment et le 20 décembre 1848, date que l’on retient comme départ de l’abolition de l’esclavage à La Réunion ? C’est le délai qu’il a fallu pour d’une part confirmer ce changement et d’autre part préparer la société colonialiste à changer de base. En plusieurs occasions, la nouvelle est confirmée : le 8 juin par l’équipage d’un navire en provenance de Bordeaux, Le Calcutta, le 10 juin par une dépêche ; le 13 octobre, c’est un autre navire, L’Oise, avec à son bord le commissaire de la République Joseph Napoléon Sébastien Sarga-Garriga, qui accoste dans l’île. Pendant ce mois d’octobre, Sarda-Garriga joue aux conciliateurs : tout en désirant entériner les décrets de la République (celui d’avril ainsi que les 13 autres décrets destinés à prévenir certaines difficultés que pourraient entraîner l’émancipation des esclaves), il ne veut pas froisser les intérêts économiques des colons et met en place une sorte de partenariat de travail entre hommes non libres (mais sur le point de le devenir) et colons (en passe de perdre ce statut pour endosser le rôle de simples propriétaires terriens).
 
 

Ce n’est donc que le 20 décembre que Sarda-Garriga proclame officiellement l’abolition : “Vous êtes libres”. Environ 62 000 esclaves, soit six habitants sur dix, sont ainsi libérés dans le calme. Il faut savoir qu’entre 1717 et 1817, ce sont près de 80 000 esclaves qui ont été arrachés à leur terre d’Afrique orientale et de Madagascar pour servir dans les plantations de canne à sucre et de café de l’île Bourbon.
 
 

Que change cette date du 20 décembre 1848 ? C’est ce que l’on est en droit de se demander après le discours délibérément paternaliste de Sarda-Garriga qui prétend considérer les anciens esclaves comme des citoyens et les traite comme des “travailleurs” qui doivent allégeance aux propriétaires qui les emploie.
 
 

Les grands gagnants de cette abolition sont les grands propriétaires qui pour pallier la désertion de nombre d’anciens esclaves trouvent une autre forme d’asservissement. Entre 1848 et 1860, ils font venir 64 948 travailleurs engagés qui viennent d’Inde, d’Afrique et de Chine. 1848 n’était donc qu’un début sur la voie de l’émancipation, qui ne viendra finalement qu’avec la fin du colonialisme, après la fin de la Seconde Guerre mondiale et l’avènement de La Réunion comme département français.


20 Désanm, Fête de la liberté

Le programme des festivités

 

Saint-Denis : Les célébrations du 20 décembre ont lieu au Barachois et commencent par un hommage aux Ancêtres devant la Stèle Géréon et Jasmin, à 11h. Suit un Grand Kabar de la liberté (défilé) à partir de 18h et la Nuit de la liberté (scène musicale) à partir de 21h.
 
 

Saint-Paul : Un village lontan Kan 20 Décembre est aménagé dès 10h sur le front de mer, rythmé à 16h par un spectacle de moringue et un kabar avec des artistes de la ville (Sakouyaz, Ayoné…).
 
 

Sainte-Marie : La Réserve s’anime de 16h à 22h : concerts d’artistes à découvrir, comme Mélanz Gayar et Morgan.
 
 

Saint-Pierre : L’espace Salahin de la Ravine Blanche accueille dès 9h le village Nout Racine (expositions, artisanat…). À 14h, plusieurs concerts s’enchaînent (dont ceux de Tisours et Urbain Philéas) et, à partir de 20h, Firmin Viry ek son ban assurent le spectacle.
 
 

À ne pas manquer, sur le podium principal, la finale du Grand Prix 20 Décembre 2016 avec 10 groupes finalistes.
 
 

Saint-Philippe : Au Puits des Anglais, la fête commence dès 10h avec des animations comme les jeux lontan et finit tard dans la nuit avec un concert de Jean Roland Miquel à 20h et un feu d’artifice à 21h15.
 
 



Jérôme Hoarau - © DR


Rédigé le Lundi 19 Décembre 2016 à 13:58 | Lu 12 fois


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