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Dominique Dambreville : « La lecture est en crise de croissance ! »


La lecture, cela fait plus de 30 ans que Dominique Dambreville en a fait son cheval de bataille! L’enseignante, formatrice, auteure, conteuse et directrice du Centre de Lecture et d’Animation Culturelle du Brûlé réfléchit depuis toujours à la mise en place d’une politique de développement de la lecture…


Qu’est-ce qui vous a donné le goût de la lecture ?
Je suis la cadette d’une famille de six enfants, originaire des Avirons. J’ai passé mon enfance dans les champs de cannes et les ravines. Ma maman était enseignante tout comme six de mes taties. Et puis Mémé Thérèse m’a aussi beaucoup influencée. Ma grand-mère a toujours raconté ! Cela m’a construit ! J’ai interprété des textes et puis j’ai laissé voguer mon imaginaire et page après page j’ai rencontré des personnages. C’était banal pour nous de questionner l’écrit au quotidien. J’ai toujours été sensible à ce qu’il se passait autour de moi. J’ai aussi appris à aimer mon île, à lui rendre hommage: le volcan qui explose, les cascades qui coulent, le cyclone qui gonfle l’eau des ravines… Je profite chaque jour du jaune du soleil, du bleu de la mer, du vert de la nature… La faune, la flore de l’île, cela m’a pétrit, m’a donné de la sensibilité !

C’est ce qui vous inspire pour écrire désormais ?
C’est exactement cela ! « Mangues, goyaviers, confiture, Ti Fleur Fanée, paille en queue, volcan… Ce sont des mots qui libèrent des scènes de vie créoles issues de souvenirs d’enfance de Dominique Dambreville », écrivait en 2008 Daniel Gonthier, dans la préface de mon livre « Ma Réunion à petites touches ». Depuis l’enfance, je suis en extase devant l’environnement, mon environnement. C’est ce qui m’a donné cette imagination, cet esprit riche. Je garde de si beaux souvenirs de cette période. Mes personnages vivent en osmose avec la nature comme Ti-Jean dans l’ouvrage « Ti Jean ou la vie tranquille d’un marmaille de la forêt ». Lorsque j’écris, je me plonge dans les souvenirs d’enfance, dans les histoires de Mémé Thérèse… Même s’il s’agit de fictions, c’est toujours teinté de réalisme. Moi qui aime la lecture à voix haute, lorsque je lis « Le bertel de Noël ou le maloya du volcan blanc » ou encore « Le voile de la marié ou l’îlet bananier » à un public de seniors par exemple, c’est comme un écho de leur vie d’autrefois qu’ils entendent.

Selon vous, quels sont les bienfaits de la lecture ?
La lecture apporte tellement de choses. Pour vous citer quelques vertus je dirai que lire c’est exercer sa pensée critique, c’est donc bon pour la démocratie et la qualité de notre quotidien. Cela favorise le bien-être de la société en nous amenant à mieux comprendre l’autre et à augmenter ainsi notre empathie. La lecture augmente aussi la confiance en soi, elle stimule notre imagination, elle nous rassemble… J’avais noté quelques résultats d’une enquête qui m’a marquée et vous comprendrez vite ce que lire entraîne: 42% des gens qui lisent font du bénévolat (contre 25% qui ne lisent pas), 82% des gens qui lisent donnent de l’argent ou un bien à un organisme à but non lucratif (contre 66% qui ne lisent pas), 71%des gens qui lisent rendent régulièrement service à leurs voisins (contre 65% des gens qui ne lisent pas)…

Quel est votre combat aujourd’hui ?
Mon combat c’est de ramener les enfants à l’effort car ils pensent certainement que la lecture est un acte qui demande à ce que l’on se prenne la tête. Mais au final ce n’est pas une souffrance, c’est plutôt jubilatoire. La société de consommation nous prive de textes, c’est vraiment dommage. La lecture est en crise de croissance. Mais moi, j’aime mon pays, j’ai envie qu’il se développe, que les gens s’intellectualisent, qu’ils protègent leur environnement… un autre de mes combats ! Mais attention, je ne suis pas une donneuse de leçon. Je veux que l’on cherche les solutions tous ensemble. Pour moi, la bataille de la lecture ne peut se gagner qu’avec la volonté des partenaires de se concerter. Mais au lieu de réfléchir tous ensemble sur le problème, on laisse les enfants s’enfermer devant leurs écrans.

Que regrettez-vous ?
Je pense qu’il manque une volonté politique, une certaine cohérence! Plusieurs choses me paraissent incroyables. Par exemple, on essaye de lutter contre l’illétrisme, mais on parle du livre sans lui! Cela ne vous paraît pas étrange? En tout cas, c’est dommage, la greffe ne prend pas! On me répond souvent que lorsqu’on met des livres dans une pièce, les gens la fuient. Cela me donnent envie de pleurer. Pour moi, une pièce sans livre est comme un corps sans âme. Ceux qui ont en charge de résoudre le problème de l’illétrisme ne font que donner les moyens. Alors on lance des idées de concepts innovants comme « Un livre, un transat », les Bibliobus… Il ne manque plus que la lecture sur charrette boeuf ! Il faut vraiment que l’on s’y mette, qu’on avance main dans la main et aussi que l’on ne laisse pas l’école garder le monopole dans ce domaine.

Vous ne croyez donc pas en ce qui est mis en place au sujet de la lecture ?
Il y a certains concepts intéressants qui voient le jour ces derniers temps. Je peux notamment citer: « Silence on lit ». Il s’agit d’une pause d’un quart d’heure de lecture dans les établissements scolaires. Cela part d’un bon sentiment à la base, mais il ne s’agit pas toujours de la bonne méthodologie. C’est dommage que l’on ne replace pas cela dans un contexte réunionnais. Il faut respecter nos spécificités. Car selon moi, on lit avec sa vie et avec sa culture. Lorsque Jospin en tant que ministre de l’Education Nationale a créé les BCD, c’était une bonne chose. C’était l’occasion de faire rentrer la littérature dans les écoles mais malheureusement aujourd’hui cela a été abandonné et personne ne s’est battu pour les garder. On a semé des graines qui n’ont jamais poussé.

Que lisez-vous actuellement ?
En ce moment je lis des livres très différents. Entre la biographie de Nana Mouskouri : « La fille de la chauve-souris », un livre sur La Laïcité, moi qui aime les débats citoyens, mais aussi « Le porte-drapeau », un roman qui fait découvrir au lecteur la vie des associations d’anciens combattants qui jouent un rôle décisif dans la transmission de la mémoire. J’ai récemment été nommée porte-drapeau pour la légion d’honneur. C’est pourquoi j’ai choisi ce livre. Et puis, il y a aussi « Tumeur changeante » de Dominique Maraval. Un livre passionnant. Il me fait penser à Ronsard dans sa façon d’écrire par moment. Il y a de tout dans ce livre. Il mélange son écriture journalistique avec la fiction et même parfois la poésie.

Quel sera votre rôle sur le Salon du livre Athéna à Saint-Pierre du 10 au 13 octobre prochain ?
Il s’agit de la quatrième édition d’Athéna et bien sûr j’y serai présente comme à mon habitude. En général, j’y raconte mes livres, je peux aussi y présenter ceux de Prosper Eve pour lesquels je me passionne, j’accueille des mamans pour expliquer comment on donne des livres aux bébés car je ne vous ai pas encore précisé que pour moi, la petite enfance c’est capital en terme de lecture. Pourquoi l’écrit arriverait seulement au CP? Je suis convaincue que dès qu’une maman a son enfant dans le ventre, elle devrait lui chanter de petites mélodies, lui dire de belles poésies ou tout simplement lui raconter ses journées. Raconter, l’art de donner un récit, c’est important, cela vaut bien un roman. Les enfants devraient grandir avec tout cela. Il faut que les instituteurs apprennent à jouer sur le bonheur de la lecture. Mais pour cela il faut qu’ils soient formés pour bien maîtriser les textes. Il faudrait revoir le rôle des lectrices à la maternelle, à la crèche, ça vaut un film quand tu es enfant !

Vous y présenterez également le Centre de Lecture ?
Effectivement, sur chaque salon où je suis présente, c’est l’occasion de faire connaître le Centre de Lecture et d’Animation Culturelle du Brûlé que je dirige depuis 30 ans. C’est un outil mis en place par Yves Parent chercheur à l’Institut National de Recherche Pédagogique. C’est un lieu de formation et d’information pour les partenaires du livre sous forme de classe de découverte. Les enfants y viennent une semaine durant laquelle on se pose, on questionne sur la nature et la culture… On y accueille environ 2500 scolaires par an sans compter les centres aérés pendant les vacances.
 
Laetitia Parsi

Rédigé le Mardi 24 Septembre 2019 à 00:22 | Lu 298 fois


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