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Paris : C'est le moment de « sauter la mer ! »


Des centaines de jeunes Réunionnais s'apprêtent à venir poursuivre leurs études dans la capitale et dans le reste de l'Hexagone. Alors que l'été bat son plein en métropole, la période est cruciale pour trouver un logement, finaliser son installation. Télémag fait le point sur les pièges et les opportunités.


Rédigé le Mardi 27 Juin 2017 à 07:00 | Lu 400 fois

Il reste encore le Bac et certains examens, bien sûr, mais pour des centaines de jeunes Réunionnais et Réunionnaises, le grand moment approche. L'heure du départ, l'adieu déchirant aux proches et le saut dans l'inconnu sont bien près de se réaliser pour toutes celles et ceux qui s'apprêtent à « sauter la mer ». Comme chaque année, ils seront plusieurs centaines dans quelques jours à quitter leur île pour aller poursuivre leurs études à Paris, Montpellier, Toulouse...
« J'ai hâte de p artir, de commencer une nouvelle vie, de m'émanciper », confie, pleine d'enthousiasme Emmanuelle, Dyonisienne de 18 ans. Dans quelques jours, celle qui vient de passer son Baccalauréat spécialité « économique et social » ira suivre une prestigieuse classe préparatoire littéraire dans la capitale. Objectif : intégrer dans deux ans une grand école de commerce. « Bien sûr, je crains la solitude, les dangers de la grande ville, le fait de ne pas pouvoir rentrer seule chez moi. Mais dans l'ensemble, je suis confiante. »
Il faut dire qu'Emmanuelle ne part pas seule. Elle a la chance d'avoir des parents qui ont la possibilité de faire le trajet avec elle et de l'installer sur place, dans un nouveau logement, avant de la laisser commencer sa nouvelle vie.
Il sera plus facile pour elle, par rapport à ceux qui partent seuls, de convaincre un bailleur de lui louer son logement. Une terrible crise du logement sévit en effet à Paris. Elle touche tout le monde mais les étudiants réunionnais – et de l'Outre-mer en général - sont les plus touchés. Il n'est pas rare qu'on leur refuse un appartement au motif que leur garant vient de La Réunion. Cette pratique est illégale mais encore répandue. 
 
Attention aux arnaques de listes
 
Il faut aussi savoir que les loyers sont en moyenne deux, voire trois supérieur à Paris à ce qu'ils sont à Saint-Denis ou à Saint-Pierre. Enfin, l'étudiant réunionnais en mal de studio à louer s'interdira absolument d'acheter une liste de logements disponibles auprès d'une agence immobilière. Ces listes, qui coûtent entre 200 et 400 euros, sont systématiquement des arnaques. Les pouvoirs publics parisiens alertent régulièrement sur ces escroqueries, sans parvenir à les endiguer.
Pour tous ces problèmes liés à la cherté de la vie et à la difficulté de trouver un logement, Marie, 18 ans, sera un peu moins concernée. Elle part de son île, elle est actuellement en Terminale à Saint-Denis, pour se rendre à Aix, dans le sud de la France. En province, les difficultés d'adaptation existent mais sont généralement plus surmontables que dans la mégapole parisienne. « J'ai eu connaissance de cette formation de remise à niveau scientifique lors d'un salon de l'Etudiant, à La Réunion, explique-t-elle. Heureusement que mes parents m'aident pour partir parce que sans eux je ne sais pas si je pourrais le faire. »
Comme tous les autres, Marie espère s'accomplir lors du voyage qu'elle s'apprête à accomplir. Elle a prévu un budget pour les vêtements chauds parce qu'elle sait que ne pas être correctement équipé lorsque vient le mois de septembre peut être un motif de retour prématuré pour tout étudiant réunionnais. Elle a prévu d'organiser sa vie à l'échelle de la semaine, avec courses, sorties et même pratique sportive. Pour que son rêve de départ soit à la hauteur de ce qu'elle y a déjà sacrifié.

 

Paris : C'est le moment de « sauter la mer ! »
La Cité internationale, ce bon plan méconnu
 
Certes, ils ne seront que 85 et c'est peu de chose par rapport au contingent de jeunes Réunionnais fraîchement débarqués chaque année à Paris. Pour autant, les étudiants qui auront la chance de vivre dans la Cité internationale auront un excellent cadre de vie et payeront un loyer tout à fait modeste. L'explication : depuis que le Conseil général de La Réunion a contribué aux travaux de rénovation de la cité universitaire de Paris, l'institution dispose de 85 places réservées au sein du campus à l'américaine, au milieu d'un parc, dans le 14è arrondissement. Les étudiants intéressés par ce dispositif doivent s'adresser directement au Conseil général afin que ce dernier examine leur candidature. Des critères sociaux peuvent être retenus. 

Thomas Tetia, président de l'Association des étudiants réunionnais de Paris (AERP)
« Le premier problème : celui du logement ! »

 
A-t-on une idée du nombre de jeunes Réunionnais qui viennent chaque année étudier dans la capitale ?
 « Il n'y a pas de chiffres précis, mais on sait qu'ils sont nombreux : au moins 2000 puisque c'est le nombre moyen de bénéficiaires des aides à la mobilité proposées par le Conseil général et le Conseil régional. Cela dit, beaucoup de jeunes viennent sans aide d'une collectivité, par exemple les étudiants qui se déplacent alors que la filière qu'ils ont choisi existe à La Réunion ou bien encore ceux qui sont en alternance et relèvent donc des aides à la formation professionnelle. »
 
Quel est leur profil ?
 
« Beaucoup de personnes viennent immédiatement après avoir obtenu leur baccalauréat. Il s'agit généralement pour eux de suivre des classes préparatoires intégrées à un lycée ou à un organisme de formation. L'autre gros contingent est constitué de personnes qui viennent finir un cursus à Bac+2. Ceux-là viennent généralement pour faire un Master ou suivre les cours d'une école d'ingénieurs. C'est le deuxième profil le plus répandu. »
 
Quelles sont les difficultés qu'ils rencontrent ?
 « Un peu avant le départ, il y a le premier problème : celui du logement. Il est compliqué de chercher un appartement depuis La Réunion. Certains ont de l'aide, des relais sur place, qui peuvent visiter pour eux par exemple, mais ce n'est pas la majorité. La plupart des jeunes en mobilité doivent se débrouiller seuls. Ensuite, une fois que ce problème est résolu, il leur faut s'adapter à un nouvel environnement, à un mode de vie déroutant. C'est perturbant pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Il faut prendre ses repères. »
 
Avez-vous des conseils à leur donner ?
 « Il faut prendre contact avec la page Facebook ou des associations de Réunionnais qui sont déjà sur place. Ces derniers pourront donner des conseils pratiques, mettre en place une forme de solidarité. Il est souvent possible de retrouver des Réunionnais pas loin de chez soi. Bénéficier de l'expérience de quelqu'un d'autre est souvent très utile. Et il est important de miser là-dessus parce que contrairement aux Antillais, les Réunionnais ont du mal à se reconnaître entre eux dans une grande ville comme Paris. »
 
En pratique, quels pièges faut-il éviter ?
 « Il faut bien se renseigner, notamment auprès des institutions publiques, sur les aides financières dont on peut bénéficier. La plupart des institutions fournit des catalogues d'aides vraiment très précieux. Il y a également des antennes parisiennes du conseil général et du conseil régional pour ceux qui seraient vraiment en galère. Mais avant toute chose, il faut s'y prendre à l'avance pour ne manquer de rien. Il ne faut pas négliger les bons plans comme la Cité internationale (lire par ailleurs) mais pour cela, c'est la règle du premier arrivé, premier servi, qui s'applique. 
 
Tenter une telle aventure est également générateur de grandes possibilités pour les étudiants ?
 « Paris est un point névralgique dans de nombreux domaines. On ne se doute pas à quel point un grand nombre d'entreprises y ont leur siège : cela peut s'avérer crucial pour les stages, pour la suite des études, pour la vie professionnelle immédiatement après les études. Et puis, il y a le réseau européen. Depuis Paris, on peut avoir des contacts et des expériences dans toute la France et sur tout le continent. »



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