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Peut-on vraiment choisir son orientation professionnelle à 17 ans ?


Les élèves de terminale doivent assez tôt décider de la suite de leur parcours, mais où s’inscrire lorsqu’on ne sait pas ce que l’on souhaite faire après ses études ?
Voici les conseils Isabel Servant, coach en « orientation positive » et ancienne professeure de l’Éducation Nationale


Peut-on vraiment choisir son orientation professionnelle à 17 ans ?
LES ÉLÈVES DE TERMINALE ONT-ILS TOUTES LES CARTES
EN MAIN POUR DÉCIDER DE LA SUITE DE LEURS ÉTUDES ?
Malheureusement non, car ils ne se connaissent majoritairement que par le prisme des compétences évaluées à l’école et des matières qui y sont enseignées. C’est une vision de soi très académique et parcellaire. Notre système scolaire ne valorise pas les autres formes d’intelligence, dans lesquelles certains expriment pourtant leurs talents.
 
CHOISIR SON ORIENTATION, C’EST DONC AVANT TOUT BIEN SE CONNAÎTRE ?

Il s’agit de savoir ce qui nous anime à l’intérieur, qui on est. Décider de son orientation, c’est faire des choix qui nous ressemblent, qui correspondent à nos aspirations, à nos centres d’intérêt, à nos talents. Ce n’est pas évident de répondre à la question « qu’est-ce qui t’anime vraiment ? ». C’est pourtant essentiel.
 
VOUS PARLEZ DE TALENTS PLUS QUE DE COMPÉTENCES...

Les deux sont complémentaires. Qui peut dire qu’il n’a pas de talents ? Celui qui n’a pas encore découvert les siens ! Nous avons besoin de nos talents pour nous investir pleinement dans un travail. Les parents peuvent aider leur enfant à en prendre conscience en valorisant ses points forts, en soulignant ce qu’il sait faire bien et facilement... Les compétences s’acquièrent au fur et à mesure, avec la formation et l’expérience. Tout cela forme le potentiel de chacun, qui s’exprime ensuite dans un métier qui lui ressemble.
 
PEUT-ON SE TROMPER D’ORIENTATION ?

Dans l’absolu, oui, mais ce peut être compliqué à plus d’un titre. Financièrement, si le jeune n’est pas soutenu par ses parents, il peut difficilement se permettre de « perdre » un an. Psychologiquement, ce peut aussi être très dur s’il manque de confiance en lui : rentrer dans une voie et se retrouver en échec parce que ce n’est pas la bonne risque de renforcer sa croyance qu’il est nul. Enfin, certains ne reconnaissent pas leur erreur et préfèrent persévérer pour repousser l’heure du choix, quitte à finir avec un bac+5 qui ne leur convient pas.
 
VOUS SEMBLE-T-IL QUE LES PARENTS SONT PLUS STRESSÉS QUE LEURS ENFANTS EN CE QUI CONCERNE LES CHOIX D’ORIENTATION ?
Assurément, car ils ont avant tout besoin de sécurité pour leurs enfants et davantage conscience des contraintes et limites du système actuel. Ils observent aussi que leurs enfants sont relative- ment passifs et démunis quant à leur avenir, ce qui les stresse encore plus. Du coup, ils sont prêts à s’investir plus à leur place qu’en soutien...
 
LE TERME « PASSIF » EST TRÈS FORT...

Mais il est justifié ! Sans généraliser à tous les jeunes, je constate dans l’accompagnement que je propose que de nombreux lycéens attendent qu’on leur dise quoi faire. Ils rêvent d’un test qui leur dirait « tu es fait pour tel ou tel métier ». Ce n’est pas ainsi que l’on devient acteur de sa vie ! Si un parent veut accompagner son ado dans ses choix d’orientation, la meilleure chose qu’il puisse faire, c’est l’aider à changer d’état d’esprit pour le tourner vers l’action. Lorsqu’un jeune me dit qu’il veut exercer tel ou tel métier plus tard, je ne lui demande pas pourquoi, mais ce qu’il a déjà entrepris pour avancer dans la concrétisation de ce projet : des cours de théâtre pour un aspirant acteur, une rencontre avec un professionnel qui exerce le métier envisagé, une journée de stage d’observation pour se rendre compte de la réalité du métier, une formation pour acquérir une compétence technique spécifique... Cela montre la motivation du jeune et son implication dans les choix qui vont structurer sa vie.
 
CHOISIR UNE VOIE NOUS OBLIGE-T-IL POUR TOUJOURS ?
Mis à part ceux qui ressentent une vocation profonde, les jeunes ont rarement une idée précise de leur futur métier. Parfois, un domaine les intéresse, par exemple le développement durable, et l’on peut trouver de nombreux métiers, ou bien ils sont animés d’une énergie particulière, comme la communication, qui se décline dans de nombreux métiers. Pour être heureux, on va être amené à se réajuster, à se réinventer au cours de la vie. Non seulement on n’est pas le même à 20, 30 ou 40 ans, mais c’est le sens de l’évolution de notre société.
 
VOUS SOULIGNEZ QUE
LES PARENTS ONT PARFOIS TENDANCE À TROP FAIRE À
LA PLACE DE LEURS ENFANTS. COMMENT TROUVER LE JUSTE MILIEU ?

Le dialogue est essentiel pour aider son enfant à réfléchir plus en profondeur sur son orientation, ou l’aider à canaliser sa réflexion s’il est perdu. L’accompagner, c’est l’amener à prendre conscience de ses forces, de ses capacités, de ses talents et même de ses centres d’intérêt. Un jeune n’a pas toujours conscience que sa passion peut être un domaine dans lequel travailler. C’est aussi l’encourager à élargir son horizon, surtout s’il est fixé sur un métier précis. Si le jeune est volontaire et en de- mande, il sera toujours temps de mobiliser son réseau pour lui faire rencontrer des professionnels qui travaillent dans le secteur qui l’intéresse ou exercent le métier de ses rêves. Il ne faut pas imposer un point de vue, mais l’amener à un déclic : c’est à lui de décider ce qu’il veut faire de sa vie, car il est le seul à savoir ce qui l’anime vraiment.
 

Rédigé le Jeudi 6 Août 2020 à 16:37 | Lu 9 fois