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Plusieurs mois sans école et sans amis, quel impact le confinement a-t-il sur la socialisation de nos enfants ?



Pour certains enfants, le retour à l’école est programmé dans quelques semaines.
Pour d’autres, ce sera plus long en- core. Une fourchette entre deux et cinq mois sans école.

On s’inquiète beaucoup de l’impact de cette parenthèse sur les appren- tissages.
Mais qu’en est-il de l’impact sur la socialisation des enfants ? Des semaines sans se voir, sans se tou- cher, sans vivre des choses avec les

copains, autrement que par écran interposé. Nous avons posé la ques- tion à Emmanuel de Becker, pédo- psychiatre en clinique universitaire.
En quoi voir ses amis, entretenir des liens avec d’autres, est important dans le développement de l’enfant ?
L’humain est un être de relations, d’appartenance. Il est clair que plus l’enfant est jeune et plus il s’épanouit
grâce aux contacts qu’il ne choisit pas nécessairement au départ. Quand on va à la crèche, quand on va à l’école, on n’a pas le choix et puis progressivement, des liens d’amitié, de complicité se créent. Tout ce tissu qui va s’étoffer, s’enrichir au fur et à mesure que l’on grandit, est évidem- ment essentiel pour ce que l’on ap- pelle la socialisation. On va pouvoir développer des compétences pour être en relation.
D’autant plus que tout le bien, tout
ce qui est positif dans la relation, construit notre personnalité, l’enri- chit. Tous ces contacts sociaux sont importants dès le départ. Avec le bébé, c’est d’abord tout le cercle familial, les relations avec le père, la mère, les frères et sœurs s’il y en a, les grands-parents, la famille élargie. Et plus on grandit, plus cette socia- lisation va s’appuyer sur l’ensemble des liens que nous allons créer, que ce soit à l’école, les mouvements de jeunesse, via la culture. Tout cela va enrichir la socialisation.
Est-ce qu’il y a des risques que les enfants souffrent de «manque de contacts» avec les autres?
Dans l’absolu, oui. Parce que l’enfant est déraciné de ce processus de so- cialisation. Evidemment, nous avons heureusement la chance d’avoir des moyens sophistiqués de maintenir des relations. Mais plus l’enfant est jeune et moins il peut capter le sens de ces médias, de la personne à tra- vers l’écran, le téléphone. Heureuse- ment, la voix, surtout si c’est une voix familière - je pense par exemple à un contact avec des grands-parents - est très précieuse et c’est important d’avoir une bonne régularité dans les échanges avec les grands-parents, avec les membres de sa famille. Avec les copains, c’est plus com- pliqué, parce que la cour de récré, l’école, la classe, est le tissu même de cette socialisation et quand l’en- fant a 5-6 ans, c’est essentiellement par ce lieu, par ce média qu’il va la construire. Comme aujourd’hui, il en est privé, c’est vrai qu’il peut po- tentiellement souffrir de ce manque de contacts quotidiens.
Quels sont les signaux
que l’enfant envoie pour communiquer qu’il est en souffrance?
Plus l’enfant est jeune et plus il va exprimer par sa motricité qu’il ne se sent pas bien. Il ne va pas nécessai- rement le verbaliser et en prendre conscience. Plus l’enfant est jeune et plus son état de mal-être va se tra- duire par de l’agitation, une humeur grincheuse, un enfant plus nerveux, tendu. Un enfant qui est apaisé, sourit, mange correctement, ne se réveille pas la nuit. Plus l’enfant est jeune et moins il pourra décoder ce qu’il a en lui. Cela peut être aussi des plaintes somatiques, des dou- leurs dans le ventre, mal au dos, à la tête. Plus l’enfant est jeune et plus il va traduire son mal-être intérieur par ces canaux d’expression.
A partir de quand cela peut devenir problématique?
La question est délicate : combien de temps ? Nous sommes face à des variations interindividuelles : un enfant n’est pas l’autre. Mais plus
vite nous pourrons remettre l’enfant dans son contexte de vie, régulier, avec son rythme de vie quotidien, avec ses contacts, plus nous pour- rons reprendre le chemin du déve- loppement le plus harmonieux, le plus équilibré pour l’enfant.
Plus la situation dure, plus nous de- vons redouter d’avoir des effets en terme de santé mentale, en terme de socialisation, en terme d’angoisses, et encore plus pour des enfants qui sont plus fragiles à la base. Je pense aux enfants qui présentent des troubles neuro-développementaux, je pense aux enfants avec des troubles autistiques. Là, la situation est dra- matique. Et ce, depuis le début.
Quels peuvent être les effets pour les enfants en général, si ça dure longtemps?
On risque de voir apparaître des mouvements de régression. Un en- fant de 5-6 ans est par exemple en pleine découverte du monde. Quand l’enfant est freiné dans ce mouve- ment-là, remis en famille, comme s’il était un tout jeune enfant, quand il ne peut plus sortir... Pour lui, dans ses représentations : c’est comme s’il avait fait une marche à arrière, il y a un risque de régression.
Au moment où on va relancer le processus, le risque est donc qu’il y ait des enfants qui par angoisse, n’osent plus aller de l’avant. Le risque qu’ils soient un peu fixés dans ce mouvement de recul, dans cette forme d’infantilisation.
On devra donc être attentif à les accompagner dans ce mouvement à nouveau vers l’avant. Mais là, les parents, les professionnels, que ce soit de première ou deuxième ligne, seront attentifs à accompagner ces enfants et à repérer les signes pré- occupants, comme de l’agitation, le refus d’aller à l’école, de l’agressi- vité, des plaintes psychosomatiques. Il y a énormément de signaux que les professionnels comprennent et peuvent décoder rapidement et éventuellement accompagner de manière thérapeutique.

Rédigé le Samedi 30 Mai 2020 à 19:41 | Lu 329 fois


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