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Dey, Graffeuse « Développer une culture féminine du graffiti de manière humble mais engagée »


Dey est une street artiste qui égaye les murs autant qu’elle participe à la promotion de l’art et de la culture auprès des jeunes et public sensibles à La Réunion, avec son collectif Meuf Ki Osent. Rencontre haute en couleur avec celle qui a le graffiti dans la peau.E.G


Rédigé le Jeudi 5 Mars 2020 à 18:00 | Lu 133 fois

Dey, Graffeuse « Développer une culture féminine du graffiti de manière humble mais engagée »
Comment avez-vous découvert le monde du Graffiti ?
   J’ai découvert le graffiti alors que j’étais encore au lycée. J’adorais dessiner les personnages de mangas et illustrations imaginaires japonaises. Puis le collectif LSA CREW (pionniers dans le graffiti à St-Denis) est venu animer un atelier graff et je me suis inscrite par curiosité, dessiner sur un mur pour moi était inédit. Dés le premier jour, j’étais la seule fille du groupe de participants, mais les intervenants étaient très pédagogues et bienveillants. J’ai adoré la bombe, l’odeur, la sensation, le potentiel de cet outil. J’ai commencé à m’informer avec le peu d’outils internet que j’avais à l’époque et avec quelques magazines qui transitaient par La Réunion sur cette pratique. C’est réellement quand je suis partie faire mes études en Région Parisienne que j’ai pu faire exploser ma pratique et me perfectionner. Tout m’attirait, le côté interdit, original, secret et créatif !

Comment avez-vous évolué dans le milieu ?
   J’ai vraiment évolué lorsque j’ai quitté La Réunion. Dans les années 2000, on n’avait pas toute la batterie de supports numériques et visuels que l’on a aujourd’hui. Pour apprendre et s’ouvrir à de nouvelles pratiques, peu évoluées à La Réunion, il fallait voyager. Alors, à Paris, j’ai rencontré un graffeur qui est devenu mon amoureux et nous avons partagé ensemble cette passion pour le graffiti. On graffait pratiquement tous les jours et tous les week-ends qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. Alors j’ai très vite évolué et j’ai été intégré un collectif de grapheurs et d’illustrateurs : le collectif Haut en Couleur. C’est alors à ce moment-là que j’ai pu être formée et devenir semi-professionnelle en vivant d’ailleurs grâce à des ventes de toiles, des réalisations de fresques et des performances. Progressivement, j’ai évolué au côté d’autres artistes et d’autres crews :
les TWE, HVA... Toutes ces rencontres m’ont apporté une richesse et m’ont permis d’affirmer mon style et ma personnalité artistique. J’ai côtoyé des artistes féminines comme Kwim, Kashink, Shupa ou encore Perle qui m’ont donné envie de développer une culture féminine du graffiti de manière humble mais engagée, car même en région parisienne, encore trop peu de femmes étaient représentées dans ce milieu.

Comment décririez-vous votre style ?
   Je suis une graffeuse de la lettre. J’adore graffer les lettrages et travailler les lettres. Je fais aussi de l’illustration et du figuratif. Mes lettres sont féminines, arrondis, dynamiques et parfois éclatées. Je réalise des fresques murales mais aussi des toiles où j’exprime davantage mon identité réunionnaise et martiniquaise. J’aime représenter des femmes métisses et le hip hop.

Comment avez-vous été accueilli dans ce milieu où les femmes sont moins nombreuses ?
   Cela n’a pas été simple, en effet. Dans les années 2000 et encore aujourd’hui, les femmes sont moins représentées que les hommes. Même à l’international, la présence des femmes au sein de la culture du graffiti reste éparse. Quand on débarque dans un milieu très masculin, on doit s’accrocher à sa passion sans quoi on peut craquer face au machisme, aux critiques sexistes en tout genre et aux avances mal placées. Il faut alors se positionner comme ferme, digne et forte en somme, il faut montrer que l’on n’a pas peur et que quoi qu’il arrive on se battra pour continuer sa passion. Et la seule manière de s’imposer, c’est le travail et la posture. J’ai toujours été très discrète et concentrée sur mon travail de grapheuse sans chercher à me faire mousser. Dés que je voyais que certaines situations pouvaient dégénérer et tourner à la violence, j’ai su m’échapper parfois m’éloigner un moment de ce milieu. À la Réunion, c’est plus nuancé. Bizarrement sur cette île, où il y a encore trop de violences faites aux femmes, j’ai été très bien acceptée en tant que femme dans ce milieu et très respectée.

Vous faites partie d’un collectif d’artistes féminines pourriez vous nous en dire ?
   C’était un peu la suite logique de mon parcours. Suite à diverses rencontres et milieux dans lesquels j’ai évolué, j’ai décidé avec d’autres artistes, issues de la danse urbaine et du street art, de créer un collectif : Meufs ki Osent. C’est un collectif d’artistes féminines qui placent la femme au coeur de la culture urbaine et valorise sa place comme majeure. À la base, c’est le fruit d’une fusion entre le crew de danse Swaggers et des artistes issues du graffiti. Au fil des années chacune a fait sa route, nous avons évolué en tant que femme engagée, mère de famille, working girl. J’ai fait le choix de rentrer vivre sur mon île suite à des opportunités professionnelles et familiales. Le collectif était pendant quelques années en sommeil et, depuis deux ans, nous revivons une magnifique aventure avec des filles de La Réunion, alors notre collectif prend une véritable identité péi et nous en sommes très fières. Nous sommes une dizaine d’artistes et intervenantes, en plus des bénévoles. Nous donnons des ateliers aux jeunes des quartiers, au pied des immeubles, au sein des associations, dans les écoles et au plus près de publics sensibles, notamment auprès de filles et femmes fragiles et isolées. L’idée : montrer que nou lé kapab nou aussi en tant que femme d’aller chercher notre leadership. C’est dans la créativité et dans la culture urbaine que nous construisons et renforçons notre leadership !

Facebook : Meufs Ki Osent (m.k.o)
Instagram : collectif_mko_974
Dey, Graffeuse « Développer une culture féminine du graffiti de manière humble mais engagée »



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