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Therese baillif, de la colonie aux honneurs de la République

Rédigé le Mardi 12 Mars 2024 à 16:00 | Lu 36 fois

C’est l’histoire d’une jeune fille réunionnaise, issue d’une famille modeste, que tout destinait à devenir une femme au foyer. Mais le destin de Thérèse Lucas, devenue Baillif en 1953, est ailleurs. Elle choisit de travailler et dédie sa vie à la cause des femmes. Après une brillante carrière au sein de l’Offi ce National des Forêts, elle met toute son énergie et ses compétences pour lutter contre les violences intrafamiliales. A 93 ans, Thérèse Baillif a accepté de témoigner et revient sur les grandes étapes de son parcours exceptionnel.



LE FILM

Comment et pourquoi une jeune réunionnaise timide devient une pionnière des droits des femmes, une icône du combat contre la souffrance et les violences intrafamiliales ?
Le film documentaire « Thérèse Baillif, de la colonie aux honneurs de la République » tente de répondre à cette question inspirante.
Sa réalisatrice Jarmila Buzkova, qui a signé il y a quelques années un beau film racontant le scandale des avortements forcés à La Réunion dans les années 1960, « Les trente courageuses », éclaire cette fois le parcours de Thérèse Baillif, devenue un sym- bole de l’émancipation des Réunionnaises et dont les idées innovantes se sont répandues jusqu’en France hexagonale.

Ce nouveau documentaire de 52 minutes, riche d’une pléiade d’intervenants de tous horizons et d’images d’archives historiques inédites, est illuminé par la parole de son héroïne, Thérèse Baillif, 93 ans, pertinente, sincère, souvent emprunte d’un hu- mour lucide mais bienveillant.
Le film lui rend hommage et aspire à faire connaître l’importance de son action, à La Réunion et au-delà.

QUESTIONS À LA RÉALISATRICE JARMILA BUZKOVA

Le portrait que vous venez de consacrer à Thérèse Baillif n’est pas votre premier film tourné à la Réunion. Il y avait déjà eu auparavant « Les 30 courageuses de la Réunion ».

Qu’est-ce qui lie ces deux films ?
Pour mon film-enquête précédent, sur la politique antinataliste de l’État à La Réunion dans les années 1960, il fallait trouver les femmes qui ont subi un demi-siècle auparavant les avortements sans consentement et qui ont eu le courage de porter plainte contre des hommes puissants. Le film a provoqué un vif intérêt et m’a permis, lors de nombreuses présentations et débats, de rencontrer beaucoup de femmes extraordinaires, anonymes ou connues.
Cette terre réunionnaise semble avoir le secret d’enfanter des femmes étonnantes, battantes et belles !
Je me suis particulièrement intéressée à celles qui mènent le combat pour d’autres femmes : Marie-Josée Barre, Ericka Bareigts, Huguette Bello, Nassimah Dindar et, bien sûr, Thérèse Baillif, la doyenne de toutes.

De manière plus générale, comment votre dernier film s’inscrit-il dans votre filmographie qui compte d’autres portraits de femmes ?

Vous avez raison, plusieurs de mes films sont des portraits. J’aime cet exercice qui consiste à plonger dans la vie d’un être pour y trouver un fil rouge, une ligne de conduite qui nous éclaire, nous émeut, nous fait réfléchir.
Chez Thérèse Baillif, je retrouve comme chez Latifa Ibn Ziaten*, une foi dans des valeurs humanistes qui sont leur guide. Elles veulent changer le monde autour d’elles, l’améliorer, le rendre plus vivable, malgré le malheur qui les a frappées à un moment de leur vie. Je trouve même que ce malheur a fonctionné chez elles comme un détonateur et les a projetés dans l’action pour aider les autres.

* Latifa Ibn Ziaten est l’héroïne de mon fi lm docu-mentaire le plus primé. Elle est la mère de Imad Ibn Ziaten, le jeune parachutiste de l’armée française Imad Ibn Ziaten, assassiné en 2012 par le terroriste Mohamed Merah. Depuis le drame, elle se rend dans les collèges de toute la France faisant de son chagrin une force pour transmettre un message républicain de tolérance et de lutte contre le fanatisme.
Le film retrace le parcours exceptionnel de Mme Thérèse Baillif de sa naissance à aujourd’hui.

Que raconte-t-il de la transformation de La Réunion ?

Ce qui m’intéresse dans le portrait d’un individu, c’est aussi de découvrir pourquoi et comment, à un moment donné, sa trajectoire rencontre celle de la société, du collectif.
Thérèse est née en 1930, elle a donc connu la colonie, la guerre, la départementalisation de La Réunion, la modernisation de la société, les acquis successifs des femmes, auxquels elle a aussi contribué.
Son parcours traverse et coïncide avec l’évolution et les transformations de la société à l’échelle d’un siècle.

Ce second plan du film est raconté par de nombreux intervenants et mis en perspective par l’historien et concepteur du film, Raoul Lucas.

Que raconte-t-il de l’évolution de la place des femmes dans la société réunionnaise ?

Lorsque Thérèse crée l’AFAR, en 1986, l’UFR de Huguette Bello était la seule association de défense des femmes, marquée à gauche et liée au PCR, alors que Thérèse a toujours été gaulliste. Pour autant, les deux femmes ont immédiatement travaillé ensemble et mené les mêmes combats.
Plus tard, Nassimah Dindar les rejoint et c’est ce trio de femmes de conviction qui inaugure souvent les traditionnelles marches blanches et met en œuvre différentes actions contre les violences faites aux femmes.
Le film raconte en détail les grandes étapes de la lutte que Thérèse Baillif a mené pour les femmes, qui s’étend de la parité à l’aide parentale, du droit à l’instruction à la lutte contre les violences intra- familiales.

Ce combat inlassable a fait d’elle l’icône qu’elle est aujourd’hui. Un terrible féminicide vient d’être découvert à la Réunion, et on sait qu’en métropole il y a eu en 2023, 102 femmes victimes, qu’est-ce que Mme Baillif a inventé pour lutter contre ces crimes ?
Après avoir créé l’AFAR qui s’occupe de l’égalité des chances, l’AMAFAR qui s’occupe des parents, Thérèse crée le Collectif pour les violences intrafamiliales (CEVIF). Dès 2004, un numéro vert qui fonctionne 24 h sur 24 fut mis en place, puis le Département a pris en charge les taxis conventionnés pour venir extraire ces femmes du milieu violent.
Les premières assistantes sociales ont rejoint les commissariats dès 2005, avant la France hexagonale. Puis, à la suite du Grenelle des violences conjugales, le CEVIF et d’autres associations ont contribué à la formation des personnels en gendarmerie, pour améliorer la prise en compte et l’accueil des victimes.
Malgré son âge et quelques ennuis de santé, Thérèse continue le combat encore aujourd’hui, en s’attaquant à la prévention. Elle se déplace dans les collèges et lycées, rencontre les jeunes et souligne l’importance du respect entre fi lles et garçons, du dialogue et du refus de la violence.

Un prix Thérèse Baillif a été créé. De quoi s’agit-il ?
Ce Prix qui porte le nom de Thérèse Baillif a été mis en place par le Conseil départemental sous la présidence de M. Cyrille Melchior.
Il sera décerné chaque année le 8 mars, pour récompenser les femmes engagées dans tous les domaines de la société d’aujourd’hui.

UN FILM PATRIMONIAL
Le film met en valeur des images d’archives inédites issues notamment des fonds historiques de l’INA, de Gaumont et des collections gérées par les services du Conseil départemental de La Réunion, des archives familiales des Lucas et également de fonds privés. Des photographies magnifiques qui racontent la transformation de l’île des années 1930 à aujourd’hui. Des archives personnelles que les différents témoins nous ont aimablement autorisés à utiliser, viennent compléter d’un point de vue intime, le tableau ainsi dressé. Pour accompagner cette histoire, une musique originale composée par José Candela Castillo se mêle à la merveilleuse voix de Jacqueline Farreyrol chantant « Mon île », pour exprimer l’amour de Thérèse pour sa terre natale.
Therese baillif, de la colonie aux honneurs de la République


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