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Brown-out : la maladie de l’absurde qui déprime les salariés


Dans la famille des pathologies professionnelles, le brown-out s’affiche comme le morne héritier du burn-out et du bore-out.


Rédigé le Mercredi 28 Avril 2021 à 15:39 | Lu 28 fois

Brown-out ?

Stressant, cruel, souvent injuste, mais aussi parfois absurde... Les adjectifs péjoratifs ne manquent pas pour évoquer le monde du travail. Fortes de ce constat, les maladies professionnelles prolifèrent, au point de devenir un phénomène de société alarmant. Ces dernières années, le tristement célèbre burn-out a fait des petits. Mais si le bore-out – qui désigne la dépression née de l’ennui au travail – commence déjà à rentrer dans le vocabulaire, il se voit d’ores et déjà supplanté par son sinistre petit frère : le brown-out.

Les griffes de l'ennui

Pour bon nombre d’entre nous, le travail contribue à donner un sens à notre vie. Et pour que ce sens persiste, il importe que ledit travail soit compris, que ses objectifs soient clairs et que la personne qui l’accomplit sache quelle est sa place au sein de l’entreprise. Le brown-out apparaît lorsque ces critères ne sont plus respectés. Ce phénomène, que l’on pourrait traduire par « baisse de courant », désigne le mal-être des salariés face à l’absurdité de leurs tâches. Outre l’ennui, découlant en toute logique du manque d’intérêt pour sa mission, l’individu perçoit son travail comme inutile et improductif. Si certains travailleurs, capables de prendre une certaine distance avec le monde du travail, parviennent aisément à s’accommoder d’une telle situation, nombreux sont ceux à sombrer dans le désarroi, entre crises existentielles et dépression. Loin d’être propre aux classes moyennes ou aux ouvriers à la chaîne, perdus au milieu d’un colossal système de production, ce brown-out peut également toucher les catégories supérieures. D’évidence, même les cadres de grande société aux salaires mirobolants ont besoin de s’épanouir professionnellement...

Le mal du siècle

André Spicer et Mats Alvesson – respectivement professeur en comportement organisationnel à la Cass Business School de Londres et professeur en gestion des entreprises à l’université de Lund – sont les premiers à avoir évoqué le syndrome du brown-out dans The Stupidity Paradox. Publié en juin 2016, cet ouvrage s’intéresse, comme son titre l’indique, à la place de la stupidité et de l’absurdité dans l’entreprise. Là où l’on pourrait penser que celles-ci n’ont pas leur place dans une structure censément basée sur la réflexion et la stratégie, il se trouve qu’elles apparaissent comme bénéfiques pour la firme, sources de cohésion entre les équipes et de productivité. Notre « baisse de courant » psychique ne serait, en vérité, que l’envers du décor d’un nouveau fonctionnement au sein des sociétés, plus préoccupées par les rendements que par le bien-être du salarié. Celui-ci, devenu minuscule rouage d’une machine extrêmement vaste et complexe, souffre de son invisibilité et de l’absence de reconnaissance liée à sa mission. En 2013, David Graeber, anthropologue à la London School of Economics, dénonçait déjà la prolifération des « bullshit jobs », que l’on pourrait traduire poliment par « boulots idiots », dans un pamphlet cinglant publié par le magazine Strike ! Ce terme un brin provocateur désigne la division accrue du travail, émietté dans une infinité de microtâches, ainsi que l'apparition d'emplois aux qualificatifs grotesques, ponctués d'anglicismes frôlant le ridicule, et aux finalités plus que nébuleuses. De même que le burn-out a grandement tardé à être officiellement reconnu comme une maladie professionnelle, le brown-out peine à être pris au sérieux. Certains y voient un simple effet de mode dans lequel se complaisent des privilégiés, loin des maladies professionnelles concrètes ou des dangers des métiers manuels. D’autres, plus cyniques encore, y décèlent un marché fructueux pour l’industrie pharmaceutique ainsi que pour les psychiatres et les coachs en développement personnel...



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